Trop d’ingénieures et ingénieurs approchent la retraite sans plan de relève. Pourtant, une planification bien orchestrée peut changer les choses. Alain Dagenais, CExP et fondateur de la firme Eapo Lib Pow, propose une méthode simple et stratégique pour transformer leur pratique en un actif monnayable. Le secret : commencer par percevoir la valeur autrement.
Une entreprise de services, si elle est bien structurée, a une réelle valeur marchande, qui est portée par son historique, ses processus, son portfolio, sa liste de clients, sa crédibilité et, surtout, les gens qui y travaillent.
Le capital humain d’abord
La majorité des pratiques n’ont ni contrat formel avec leurs employés ni plan incitatif pour assurer leur rétention. Résultat : quand vient le temps de vendre, soit l’acheteur potentiel recule, soit le vendeur n’obtient pas la pleine valeur de son entreprise s’il avait orchestré adéquatement sa sortie.
Alain Dagenais insiste d’ailleurs sur ce point : pour vendre une entreprise avec succès, il ne faut pas que la transaction repose uniquement sur la présence du fondateur ou de la fondatrice. Il faut que la stratégie de transfert s’amorce plusieurs années avant la vente, afin de laisser le temps à l’équipe de mettre en place une structure qui fonctionne sans la dirigeante ou le dirigeant.
De la pratique à l’actif
La prise de conscience est la première étape : une pratique, ce n’est pas un revenu. C’est un actif. « Plusieurs ingénieures et ingénieurs croient qu’ils n’auront qu’à fermer les livres à la retraite. Or, une pratique bien préparée peut offrir beaucoup plus, à l’acheteur comme au vendeur », souligne Alain Dagenais.
Penser de 3 à 5 ans d’avance
C’est une démarche qui demande à la fois du temps et de l’investissement. Bien réussir une transaction ne s’improvise pas. Une bonne planification permet d’augmenter non seulement les profits, mais aussi le multiple de valorisation, un facteur clé dans les entreprises de services. Dans un bureau de génie, c’est la stabilité de l’équipe et la robustesse des processus qui augmentent la valeur, souvent plus que les chiffres eux-mêmes. Mais pour y arriver, il faut s’assurer que la relève sera au rendez-vous.
Un plan incitatif, une relève
Parmi les moyens les plus efficaces pour assurer une transition fluide, le plan incitatif arrive en tête. Il crée un véritable engagement de la part des employées et des employés en leur permettant de progresser dans l’organisation, de contribuer davantage à sa valeur, puis de réinvestir ce gain pour acquérir une part de l’entreprise.
On propose souvent un partage des bénéfices supplémentaires. Une portion est versée à la personne candidate à l’acquisition, une autre est mise de côté pour financer l’achat futur. Cette façon de faire facilite la relève, tout en assurant la continuité du savoir-faire.
Anticiper le départ
Même avec une relève identifiée et des mécanismes de transmission en place, un autre défi de taille attend les membres de la profession : celui d’orchestrer leur sortie en accord avec leurs objectifs personnels, dans une démarche pleinement assumée.
Plusieurs ingénieures et ingénieurs vendent leur pratique sans avoir de véritable stratégie de sortie. Or, cette étape mérite une réflexion qui dépasse les considérations financières. Que faire une fois les mandats derrière soi ? Comment se projeter dans un quotidien libéré des mandats ? Comment trouver du sens au reste de sa vie ? Sans préparation, la transition peut être déstabilisante. Une sortie bien préparée permet de bâtir un projet de vie qui fait écho à ses aspirations.
Transmettre plus qu’une pratique
Le transfert d’une pratique en génie ne se résume pas à une transaction comptable ou administrative. Il incarne la transmission d’une culture, d’un réseau, d’un savoir-faire et d’une vision. Il engage autant le rationnel que l’émotionnel. Pour réussir cette transition, il faut de la méthode : celui de se détacher, de faire confiance et de préparer la suite avec générosité. En misant sur une planification structurée, sur la valorisation du capital humain et sur des outils adaptés, on peut transformer son parcours en quelque chose de plus grand que soi.
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