La communication est une compétence essentielle pour les ingénieures et les ingénieurs, autant pour gérer une équipe que pour collaborer avec des partenaires ou pour communiquer des informations complexes à des individus non-initiés. Cependant, bien des membres de l’Ordre négligent cet aspect.
Voici quelques conseils pratiques partagés par deux experts : Gaëtan Namouric, fondateur de la firme Perrier Jablonski et chargé de cours à HEC Montréal, et Louise Lachapelle, chargée de cours en communication à la Faculté de génie de l’Université de Sherbrooke et autrice du livre Parler en public pour vendre une idée.
Les deux personnes consultées abondent dans le même sens : en communication, l’auditoire est la clé. Pour transmettre un message intelligible, convaincant et que le public retiendra, il faut considérer le type de personne qui se tient devant soi et les émotions qu’on souhaite véhiculer.
« On se prépare, on répète notre contenu, mais on passe zéro minute à réfléchir à l’auditoire. Est-ce que ce sont des techniciens, des financiers, des gens de relations gouvernementales ? » Gaëtan Namouric
Posez-vous ces 3 questions pour guider votre présentation :
« Si je suis capable de répondre en une ou deux phrases à ces trois questions, j’ai la clé maîtresse d’une présentation réussie. » Louise Lachapelle
Un message ne se résume pas à des faits : il doit aussi générer une réaction.
« Les mots jouent un rôle déterminant pour communiquer avec impact. Ils peuvent susciter de l’enthousiasme, de la motivation, ou au contraire de la crainte et de l’indifférence. » Louise Lachapelle
L’idéal ? Faire rêver l’auditoire avec une idée forte, puis consolider cette émotion par des arguments rationnels.
« On doit faire décoller l’avion, faire rêver notre interlocuteur, susciter son intérêt pour un problème et les solutions que l’on propose. Ça, c’est l’aspect émotif. Et avec des arguments rationnels, on le fait atterrir ! » Gaëtan Namouric
Les ingénieures et ingénieurs possèdent une expertise précieuse, mais l’excès de détails techniques peut perdre un public non spécialisé.
« Utiliser un jargon technique devant un public non initié nuit à la clarté du message. » Louise Lachapelle
L’objectif est de vulgariser sans dénaturer, en trouvant des exemples parlants et concrets.
« Si je conçois une innovation géniale mais que je ne peux pas amener les gens à me suivre, elle ne sert à rien. Heureusement, exposer simplement une idée ou un message n’est pas un don, c’est une compétence qui peut se développer. » Gaëtan Namouric
Les ingénieures et les ingénieurs ont l’habitude de résoudre des problèmes complexes et détiennent de vastes connaissances. Toutefois, il peut être ardu de simplifier ou de vulgariser clairement certains concepts. Développer sa compétence en communication, c’est donner plus de portée à ses idées et transformer son expertise technique en impact réel.
Découvrez tous les conseils pratiques dans l’article complet de la revue PLAN : https://www.oiq.qc.ca/publication/lart-de-la-communication-efficace/
Fondateur d’ADN Leadership, Antoine Devinat est psychologue, industriel et organisationnel, coach et conseiller en ressources humaines agréé. Ses champs d’expertise et d’intervention principaux sont l’évaluation et le développement des compétences de tous les niveaux de postes, ainsi que le développement organisationnel. Nous lui avons demandé comment une ingénieure ou un ingénieur pourrait optimiser la collaboration dans ses grands projets en ingénierie.
En tant qu’ingénieur.e, être un bon collaborateur auprès de son équipe n’est pas toujours facile. En effet, il faut savoir démontrer plusieurs habiletés liées à l’intelligence émotionnelle pour tirer pleinement profit de ce que l’équipe peut apporter comme performance supérieure. Développer ces habiletés, telles que l’empathie, la conscience de soi, la gestion de ses émotions, vraiment écouter l’autre, faire confiance, donner et recevoir de la rétroaction habilement et confortablement ou initier et avoir des conversations difficiles n’est pas de tout repos.
Au moins, ce qui aide, c’est que généralement les membres d’une même équipe ont un ou des buts relativement communs. Mais qu’en est-il pour un ingénieur qui doit collaborer avec d’autres équipes de sa propre organisation ou des équipes d’autres organisations impliquées dans le même projet d’envergure, mais qui n’ont pas nécessairement, voire pas du tout, les mêmes priorités ?
Il est donc rafraîchissant de voir une norme ISO (ISO-44001, 2017, version révisée et confirmée en 2022) aborder de façon aussi pragmatique cet enjeu ô combien central de la saine collaboration entre différents partenaires de projets d’envergure. Elle propose une feuille de route très complète pour s’assurer que les différents acteurs (fournisseurs, consortium, sous-traitants, donneurs d’ouvrages, clients, services complémentaires, investisseurs, etc.) soient testés, choisis, formés, encadrés et accompagnés afin de susciter un maximum de comportements collaboratifs pendant toute la durée de la contribution de chaque équipe/organisation.
Cette norme propose une démarche en 4 étapes:
1 – Analyse et définition commune, avec l’aide de tous les acteurs clés en amont du projet, des comportements et des processus collaboratifs attendus.
Bien que la norme ISO propose déjà un certain nombre de critères (e.g. leadership d’influence, coaching, mentorat, proposition de valeur, négociation collaborative, travail d’équipe, gestion des relations, gestion des conflits, prises de décisions, etc.), ces derniers ne sont qu’indicatifs et ne doivent pas être retenus sans que ce soit appuyé par une réflexion importante sur les comportements exacts attendus pour chacun de ces critères.
2 – Analyse objective des différents partenaires qui pourraient se joindre au projet sur plusieurs critères (de plus en plus souvent énoncés dans les appels d’offres).
L’objectif est de vérifier si ces organisations et leurs représentants ont la maturité, la culture d’entreprise nécessaire pour mener à bien, de façon collaborative, un tel projet selon leur niveau de contribution respective:
3 – Définition et implantation d’une structure de gouvernance la plus indépendante possible.
Voici les actions qui permettent d’y parvenir:
4 – Accompagnement des organisations impliquées pendant l’exécution du projet, dès le jour 1, via différents types d’activités.
Ces mesures visent à maximiser l’émergence de comportements catalyseurs de collaboration:
De toutes ces étapes, l’étape 1 du processus est particulièrement importante. Elle assure que tous les acteurs clés initiaux participent à la définition claire des comportements et processus collaboratifs attendus. Ce qui contribue énormément à leur adhésion à ces mêmes éléments par la suite. Également, cela donne beaucoup de valeur aux profils recherchés lors d’appels d’offres puisque les critères énoncés ont été validés par les principaux acteurs du projet. Il faut justement ne pas arriver avec une recette toute faite et leur dire « voici comment vous devez agir et vous comporter ensemble », bien au contraire. Chaque projet et acteur a ses particularités, besoins et réalités dont il faut tenir compte dès le départ.
Un ingénieur aura malheureusement souvent l’occasion d’être témoin de situations où des projets d’envergure dérapent justement parce que les différents acteurs clés et partenaires n’arrivent pas à bien collaborer et sera très conscient de l’impact financier et social que de telles situations génèrent. Il semble donc de plus en plus évident que de prévoir une utilisation sérieuse, engagée, obligatoire d’une telle norme de référence est quelque chose d’essentiel pour de tels projets au Québec et ailleurs. Ce n’est donc pas surprenant qu’un organisme tel qu’ISO se soit penché de façon si sérieuse sur cet enjeu. C’est une sacrée opportunité que nous avons de lier encore davantage deux mondes finalement très complémentaires, soit le monde des ingénieurs et celui des spécialistes du comportement et du leadership en organisation (psychologues du travail, ressources humaines, etc.).
À quand votre tour ?
Dans un monde en constante évolution, vous faites face, en tant qu’ingénieur.e.s, à des défis uniques liés à la complexité de vos responsabilités et à la pression constante de votre rôle. La qualité de vie au travail est devenue une préoccupation majeure. C’est pourquoi il est essentiel de reconnaître les signaux d’alerte, de comprendre les facteurs influençant votre bien-être et d’adopter des stratégies efficaces pour améliorer votre quotidien.
Julie Allard est gestionnaire de projets de formation en développement professionnel et psychoéducatrice chez Groupe Évie. L’organisation se distingue par son expertise en psychoéducation auprès d’une clientèle adulte et en développement professionnel, offrant des services axés sur le bien-être mental et la gestion des enjeux psychosociaux.
Nous lui avons demandé comment « améliorer le bien-être au travail », pouvait passer d’un concept abstrait à des actions concrètes et applicables au quotidien.
Votre bien-être au travail et votre santé mentale peuvent être mis à rude épreuve par divers signaux précurseurs de stress ou de mal-être.
« Les signaux comme la fatigue ou l’isolement ne doivent pas être ignorés, car ils peuvent indiquer des enjeux plus profonds », indique Julie Allard.
À cet effet, elle souligne l’importance de surveiller si ces indicateurs se maintiennent dans le temps :
Plusieurs éléments influencent votre qualité de vie au travail et votre santé mentale au travail. Vous pourriez réfléchir aux aspects suivants :
Maintenir un équilibre entre vie personnelle et professionnelle repose sur des stratégies variées : des actions individuelles comme gérer le stress ou clarifier vos besoins, ainsi que des initiatives en groupe favorisant l’entraide et la collaboration. Ces approches créent un environnement de travail harmonieux où chacun se sent en confiance.
Voici quelques pistes à explorer :
Actions individuelles
Actions collectives
La coresponsabilité repose sur une collaboration au sein du milieu de travail. Les gestionnaires créent des environnements adaptés pour prévenir les risques psychosociaux, tandis que les équipes adoptent des stratégies pour mieux gérer le stress au travail. Cette approche soutient un environnement équilibré, où les risques psychosociaux comme le stress chronique ou les conflits sont limités.
« Une dynamique collaborative est essentielle pour instaurer un environnement sain et équilibré », explique Julie Allard.
Voici quelques suggestions pour protéger votre santé mentale et soutenir la prévention du burn-out :
Une communication claire et respectueuse peut contribuer à un climat de travail harmonieux. Pourquoi ne pas envisager certaines approches qui pourraient enrichir vos échanges comme ingénieur.e.s? Par exemple :
Le bien-être au travail évolue continuellement et se nourrit d’actions concrètes et réfléchies. En restant attentif aux signaux d’alerte et en vous entourant des bonnes ressources, vous pouvez progressivement transformer votre environnement en un lieu d’équilibre et de satisfaction.
Chaque petite avancée compte dans la construction d’une carrière épanouissante et durable, partagée avec des équipes engagées.
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Article écrit par Malika Daoud, conseillère séniore en communication à l’Ordre et publié dans PLAN automne 2024.
En adoptant le concept de « donner à la suivante ou au suivant », les ingénieures et ingénieurs expérimentés peuvent transmettre leurs connaissances et leur expertise en faisant du mentorat. Il est possible de transformer votre expérience de mentorat en une ressource précieuse pour vous et pour les autres.
Le mentorat est une démarche structurée où un membre expérimenté (la mentore ou le mentor) contribue au développement professionnel d’une autre personne (la mentorée ou le mentoré). Ce soutien repose sur la transmission et le partage d’expérience. Les objectifs peuvent inclure l’intégration dans un nouvel environnement, l’acquisition de nouvelles compétences, la planification de carrière ou la résolution de problèmes techniques et professionnels.
Le soutien apporté peut prendre plusieurs formes, telles que le coaching, le parrainage ou encore les stages supervisés.
En faisant profiter les plus jeunes ingénieures et ingénieurs de votre expertise et en les guidant, vous contribuez à leur développement et vous vous engagez également dans un processus d’apprentissage mutuel qui enrichit votre propre pratique.
Pour que vos activités de mentorat soient comptabilisées comme heures de formation continue, il est essentiel de conserver des renseignements sur vos sessions (objectifs, sujets, progrès, temps de formation). Cette documentation devra être obligatoirement jointe à votre déclaration dans votre portail de formation continue.
Le mentorat n’est pas seulement bénéfique pour la personne mentorée ; il enrichit également l’expérience de la mentore ou du mentor. En enseignant, vous affinez vos propres compétences, vous développez de nouvelles perspectives et vous renforcez votre réseau professionnel.
Le mentorat apporte une grande satisfaction personnelle. Aider des personnes à grandir et à réussir grâce à votre soutien est une expérience gratifiante. Vous contribuez à la croissance de la profession et laissez un héritage durable. En contrepartie, vous pouvez déclarer 10 heures de formation continue par période de référence pour une activité de mentorat (accompagnement individuel).
Informez-vous aux ressources humaines pour voir si un programme de mentorat existe dans votre organisation. Si aucun programme n’existe, prenez l’initiative de lancer une démarche en collaboration avec votre gestionnaire.
Assurez-vous que vos sessions de mentorat soient bien structurées :
Le mentorat est une occasion unique pour les ingénieures et ingénieurs d’expérience de contribuer à faire progresser la profession.
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Possibilités de carrière stimulantes, fort sentiment de communauté, proximité avec la nature et les grands espaces : la région offre de nombreux avantages pour les ingénieurs et ingénieures qui songent à s’y installer.
Isabelle Martin est conseillère en ressources humaines chez AMT Moulage, une entreprise spécialisée dans le moulage d’aluminium sous pression, située dans la municipalité de Saint-Cyprien, dans le Bas-Saint-Laurent.
Nous lui avons demandé son avis sur les avantages, parfois insoupçonnés, d’occuper un emploi d’ingénieur en région, en l’occurrence, à Saint-Cyprien.
En raison de leur position géographique, les entreprises situées hors des grands centres doivent s’adapter à certaines contraintes qui leur sont uniques. Pour un ingénieur, les possibilités de développer ses compétences et d’approfondir son expertise sont donc nombreuses.
Par exemple, Isabelle Martin explique que la position géographique d’AMT Moulage favorise l’autonomie de l’entreprise à chaque étape de la production. Cela englobe le développement des produits, la conception, la fabrication des moules, la mise en production et l’expédition, permettant ainsi à l’organisation de maîtriser tous les éléments nécessaires à la fabrication d’une pièce. C’est l’occasion pour les équipiers de relever des défis inédits et de développer une expertise poussée dans leur domaine.
« Pour une personne qui a de l’ambition et qui souhaite s’approprier de façon approfondie son champ d’expertise, c’est un beau terrain de jeu », souligne la conseillère.
« Lorsqu’on vit dans une région comme Saint-Cyprien, il y a une grande proximité entre les gens », affirme Isabelle Martin. C’est notamment en ayant un milieu à dimension humaine qu’il devient plus propice de développer des liens authentiques et durables. On observe beaucoup d’implication et d’entraide entre les gens. Il est normal pour la communauté de se mobiliser pour soutenir une personne dans une situation difficile ou encore de s’impliquer dans les activités qui font vivre la communauté.
Cet esprit de collectivité se fait aussi sentir au sein des équipes de travail. Par exemple, chez AMT Moulage, les employés expérimentés — certains cumulent plus de 30 ans d’expérience au sein de l’entreprise — agissent régulièrement comme mentors auprès des jeunes recrues. Les équipes s’organisent des activités en dehors du travail, des amitiés se forment.
Il n’est pas rare de voir ingénieurs mécaniques, électriques et robotiques échanger sur des questions complexes sans que cela soit nécessairement dans le cadre d’un projet dans lequel ils sont tous directement impliqués. Il s’ensuit une collaboration gratifiante, où chacun enrichit l’autre de son expertise. Une telle entraide est essentielle à la réussite des projets, et les succès sont toujours reconnus et célébrés en équipe.
En région, le rythme de vie est plus paisible, et on a souvent plus de temps pour soi. Par exemple, les bouchons de circulation ne font simplement pas partie du quotidien des gens. « Quand on dit que ça va prendre dix minutes se rendre à un endroit, ça prend vraiment dix minutes! », lance Isabelle Martin.
C’est un irritant de moins dans la journée, qui peut avoir un effet bénéfique sur votre qualité de vie. En effet, moins de temps passé dans la voiture signifie plus de temps à partager en famille ou à vous adonner à vos loisirs favoris.
Travailler en région, c’est aussi être proche de la nature et des grands espaces. C’est un bel avantage pour les amateurs de sport et de plein air : été comme hiver, vous aurez, à deux pas de la maison, une foule d’activités à pratiquer après le travail, entre amis ou en famille. Kayak, randonnée, vélo, pêche… À vous de choisir!
C’est sans compter les paysages majestueux qui décoreront votre quotidien. La flore et la faune abondantes des régions ne manqueront pas de vous épater.
Le coût de l’immobilier est souvent moins élevé en région. Habiter à proximité d’un lac ou avoir un grand terrain paisible dont vous avez besoin pour réaliser petits et grands projets deviennent des rêves accessibles.
Hôpitaux, écoles, garderies, réseau Internet et plus : dans une région comme celle où se trouve Saint-Cyprien, vous avez accès à tous les services essentiels. Par exemple, vous pourrez trouver à proximité pour votre enfant une école offrant un programme enrichi, comme la concentration anglais ou le sport-études. Le nombre d’élèves en classe y est souvent moindre.
De plus, puisque la population est moins nombreuse, certains services, comme les urgences, sont souvent plus rapides en région. Rappelez-vous aussi que vous pourrez vous y rendre sans affronter de bouchon de circulation!
Travailler en région, c’est avoir la possibilité de s’épanouir sur le plan professionnel comme personnel. Des défis stimulants, un fort sentiment de communauté, la proximité avec la nature et plus encore : tout cela peut avoir un effet bénéfique sur votre qualité de vie.